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mercredi 23 septembre 2015

Le Sang des Cieux, de Kent Wascom

De quoi ça parle ?

« Suivant les pas d’Angel Woolsack, jeune prédicateur qui cherche sa place au sein d’un monde neuf et violent, Le Sang des cieux est une véritable épopée moderne autour du mythe de la Frontière. Kent Wascom rend compte de l’énergie et de la sauvagerie, de l’esprit pionnier et de la ferveur religieuse d’un pays en formation, où tout était possible. Récit fulgurant, sombre et puissant, ce premier roman parfaitement maîtrisé est aussi une touchante histoire d’amour. »


Pour quel lecteur ?

S’il est bien un roman qui m’a déçu, je pense que c’est Le sang des cieux. Attirée par une très jolie couverture, séduite par un résumé faisant référence au mythe de la Frontière et enfin convaincue par de nombreux extraits de critiques de presse enthousiaste, j’ai tenté l’aventure. Et le compte n’y est pas du tout, à tel point que je ne sais même pas à quel lecteur conseiller ce roman (même pas aux Cow-Boys, voyez vous...) qui cherche sans cesse la surenchère jusqu’à réussir à lasser le lecteur. On dirait une copie ratée de Cormac Mccarthy

Je pense que seuls les Durs-à-cuire pourront vraiment aimer ce roman, à condition d’adhérer au style particulièrement chargé de Kent Wascom. L’auteur passe son temps à décrire un univers toujours plus glauque, au risque de perdre en crédibilité et de dégouter son lecteur. Mais ce n’est pas ça qui m’a le plus gêné : ce que je n’ai pas du tout apprécié c’est que le résumé fait référence à la notion de Frontière. Je suis peut-être un peu stupide ( ?) mais pour moi la frontière est cette ligne imaginaire nord-sud délimitant les zones conquises par les pionniers et les zones sous domination indienne. Cette ligne imaginaire se déplacera progressivement d’est en ouest jusqu’à la défaite définitive des peuples indiens. Après, les historiens trouverons peut-être à redire, mais je pense que dans l’esprit du public, ma définition est juste. Donc quand on me vend un livre qui devrait parler de la frontière, et que je me retrouve avec un roman sur la cession de la Louisiane… Je suis en droit de me sentir lésée ! Or, je pense que pour un lecteur, se sentir lésé sur le contenu même d’un livre, c’est impardonnable… Je laisse à chacun le soin de se faire sa propre opinion, mais pour ma part ce n’est pas un livre que je recommanderais !


A la place, je conseillerais plutôt Méridien de sang, de Cormac McCarthy, ou, moins violent, La Promesse de l’Ouest de Robert Lautner !

Pour lire ma critique Babélio : c’est par là !

mardi 18 août 2015

Salammbô de Gustave Flaubert

Salammbô par Gaston Bussiere
  
De quoi ça parle ? 

Ruinée par la guerre contre Rome, son éternelle rivale, Carthage tarde à payer la solde des bandes de barbares et de mercenaires qu’elle a enrôlé durant la guerre. Il n’en faut pas plus pour que la révolte se transforme en guerre ouverte. Mathô prend la tête de cette rébellion qui l’oppose à Hamilcar, le chef de guerre de Carthage. Mathô s’éprend de Salammbô, la fille d’Hamilcar, jeune femme élevée à l’écart du monde réel, et qui mène une vie rythmée par les rites religieux. Salammbô est le récit de ces années de guerre et de malheur.
 

Pour quel lecteur ?

Lire Salammbô, c’est être un papillon qui tourne autour d’une flamme. Dans ce roman, Flaubert captive son lecteur. Il l’emmène dans un orient rêvé, fantasmé, irréel et flamboyant  et il lui présente des personnages durs et mystérieux : Mathô le jeune guerrier obsédé par la beauté d’une femme qu’il ne connait pas, Hannon le général cruel et difforme, Hamilcar le grand stratège et bien entendu Salammbô la jeune femme dont la vie est consacrée aux Dieux et à sa patrie.
Rose Caron dans le rôle de Salammbô,
Léon Bonnat
Tout d’abord, le lecteur s’approche de cette flamme : il est attiré par ces descriptions d’une incroyable beauté. Il cherche à en savoir plus sur cette ville mythique. Son coté historien est titillé : il veut en savoir plus sur les guerres puniques, sur la vie à Carthage… Subjugué par la beauté et la puissance qui se dégage déjà de ce roman, le lecteur sent sa fibre romantique vibrer ; il est déjà sous le charme de Salammbô. Il aime sa complexité, son mystère, son aura.

 
Et puis le lecteur commence enfin à sentir la morsure de la flamme. Seuls les durs-à-cuire pourront continuer à virevolter autour de ce livre sans s’y brûler. Car Flaubert a écrit un roman violent, où rien ne sera épargné aux belligérants qu’il met en scène : crucifixions, décapitations ou cannibalisme, le lecteur sera plongé au beau milieu de batailles incroyablement épiques. Bouillonnant, ce roman nous emporte dans un tourbillon de haines, de batailles, d’amours, d’obsessions, d’ambitions politiques et de religion. 

Si vous n’avez pas peur de vous brûler, tentez l’aventure, et lisez Salammbô.

Pour lire ma critique (élogieuse) de Salammbô, c’est ici !
 
Gravure représentant Salammbô, Gabriel Ferrier (1889)

vendredi 24 juillet 2015

Méridien de sang, ou le rougeoiment du soir dans l'Ouest, de Cormac McCarthy

De quoi ça parle ? 

"Dans les années 1850, un gamin de quatorze ans part au Texas rejoindre une bande de chasseurs payés pour exterminer les Indiens. Au milieu du désert, la loi n’existe plus. À ce jeu de massacre, seuls survivent ceux qui parviennent à éveiller la plus profonde et la plus intime sauvagerie... Avec cet anti-western basé sur des faits réels, l’auteur nous livre l’un de ses plus grands romans: noir, lyrique et violent."

 Pour quel lecteur ? 

Méridien de sang est une chevauchée lyrique et sanglante dans le désert mexicain, où le lecteur accompagne un groupe de mercenaires traquant des indiens (en vérité, on constatera rapidement qu’ils traquent tout ce qui bouge, pour le simple plaisir de tuer, ou tout simplement parce que l’alcool leur aura fait perdre la raison). Le thème de base attirera certainement le Cow-Boy, à condition qu'il accepte de sortir des stéréotypes du genre.

Il s’agit d’un livre basé sur la violence, et qui n’épargne pas le lecteur. Seul un vrai dur à cuire à des chances d’en sortir indemne. Pour les autres, je conseillerais de réfléchir à deux fois, car il s’agit vraiment d’un livre extrêmement brutal, à tel point que j’ai parfois dû le fermer, le temps de « me remettre » d’une scène trop difficile à supporter. Ce qui est d’autant plus difficile à supporter, c’est de savoir que de telles scènes se sont réellement déroulées (ou en tout cas auraient largement pu). Ce qu’on prend parfois pour un décor post-apocalyptique n’est autre que le désert mexicain, en milieu du 19ème siècle. De quoi donner des hauts-le-cœur, croyez-moi !

L’écriture de Cormac McCarthy est âpre, directe, elle sent le sable et la pierre brulante. Pour ma part, j’adore son style. Quand on lit Cormac McCarthy, c’est comme s’il y avait plus que notre imagination : il nous fait sentir l’odeur du désert et du sang, il nous fait sentir le vent chaud du désert sur le visage et enfin il nous fait sentir la fatigue et la faim. Même si parfois je n’ai pas adhéré totalement à l’ultra-violence de ce récit, je ne peux que constater la splendeur du style de McCarthy (vous aurez compris, je suis fan.).

Si vous avez peur de tenter l’aventure avec Méridien de sang, à cause de ce trop-plein de violence, je conseillerais de commencer par De si jolis chevaux, qui est un roman absolument magnifique, et qui donne un bel aperçu de l’œuvre de Cormac McCarthy. 

Un roman que Ridley Scott voulait adapter au cinéma. Et qui a inspiré l'album The last pale light in the West, de Ben Nichols (je vous invite vivement à écouter!)

Pour lire ma critique sur Babélio, cliquez ici !

mercredi 15 juillet 2015

Le Moine de Matthew G. Lewis

De quoi ça parle ?

« Chef-d'oeuvre du roman gothique anglais, Le Moine (1796) met en scène la déchéance d'un capucin suprêmement vertueux, pris dans les rets d'une tentatrice diabolique. Péchés de la chair, magie noire, visions infernales, transgression, damnation : rédigé par un jeune homme de vingt ans à peine, ce récit sulfureux, où le fantastique se mêle à l'horreur et où le désir règne en maître, créa le scandale avant d'être érigé en objet de culte par des générations d'écrivains. On ne compte plus les romantiques qui, comme Hoffmann, Coleridge et Victor Hugo, s'en inspirèrent ; Charles Dickens alla jusqu'à acheter le manuscrit aux enchères ; André Breton en fit un modèle pour le surréalisme. »

Pour quel lecteur ? 

Le Moine fait partie de ces livres qui ont fortement marqué mon imaginaire de lectrice. S’il ne fallait lire qu’un seul roman gothique, c’est celui-ci que je conseillerais, sans aucune hésitation. On y retrouve tout ce qui fait le charme de ce genre de littérature : le rapport à la religion, les monastères, la magie noire, le désir, la tentation, les dissimulations, les pactes diaboliques, la pureté, la dualité sexuelle… ! Quand la plupart des romans gothiques n’abordent qu’un seul de ces sujets ; Matthew Lewis se paie les luxe de les aborder tous à la fois. 

Avec de multiples intrigues et de récits imbriqués, Le moine ne se concentre pas seulement sur le sort du personnage central ; bien au contraire il offre une large place aux personnages secondaires. Tous ces destins s’entremêlent et s’influencent pour finalement converger vers l’issue fatale : le viol d’une innocente et la damnation éternelle du moine. Enfin, il faut souligner l’existence de multiples « twist » et rebondissements qui permettent de tenir le lecteur en haleine. 
Chers historiens ; vous aimerez visiter les monastères, côtoyer des mères supérieures froides comme des pierres et je peux même vous dire que vous apprécierez d’être séquestrés dans des catacombes.

Les Durs-à-cuire suivront avec intérêts des mésaventures des personnages, et se délecteront des petits récits d’horreur qui émaillent ce roman. 

Je peux vous dire que je me suis surprise à frissonner et je suis restée bouche bée devant le machiavélisme des personnages ! 
 
En conclusion j'ajouterais qu'il ne faut pas se fier au film (avec Vincent Cassel dans le rôle titre), qui n'a rien à voir avec le livre, qui est infiniment plus riche et plus rythmé!
 
Un roman à ranger entre Frankenstein et Faust !
 
Pour découvrir la liste que j'ai crée sur Babélio concernant les pactes avec le diable: cliquez là !

samedi 11 juillet 2015

Vous voulez savoir quel type de lecteur vous-êtes ?

Rendez vous dans les Bonus : et dites nous quel lecteur vous êtes.

Et n'hésitez pas à indiquer en commentaire quel livre, à votre sens, représente le mieux tel ou tel type de lecteur. Après, nous pourrons faire une grande liste des incontournables que chaque type de lecteur doit IMPERATIVEMENT posséder (oui, oui, c'est impératif!)
 

jeudi 26 mars 2015

Pourquoi devez-vous lire Richard III de Shakespeare

Tout d’abord, et c’est d’ailleurs le parfait prétexte pour vous en parler, parce qu’aujourd’hui, le 26 mars 2015, Richard III, dernier roi de la dynastie des Plantagenêt (c’est-à-dire d’une lignée ayant des origines françaises, hé oui!), a rejoint sa dernière demeure et a été inhumé à Leicester, pas moins de 530 ans après sa mort ! Pour ceux qui auraient besoin de se rafraîchir la mémoire, les ossements du roi ont été retrouvés en 2012 enterrés sous un parking.
La vie de Richard III soulève aujourd’hui encore pas mal de question, et beaucoup d’historiens tentent encore de démêler le vrai du faux, notamment en ce qui concerne les circonstances de son accession au pouvoir, et de l’assassinat présumé de plusieurs membres de la famille royale (notamment son frère George et ses neveux âgés de 10 et 12 ans…). Si la question fait toujours débat, tous s’accordent à dire que l’œuvre éponyme de Shakespeare a très largement contribué à entretenir cette image d’un usurpateur au caractère cruel et sanguinaire.
En lisant Richard III, vous satisferez donc la dévorante curiosité que vous inspire cette aura de mystère qui entoure son couronnement et plus largement ses deux années de règne. Comme vous êtes surement un petit historien en herbe, vous vous ferez un plaisir d’en savoir un peu plus sur la fin d’une dynastie !
Vous aurez aussi la chance de lire une œuvre de jeunesse de Shakespeare, où on sent clairement l’ébauche de deux autres pièces mythiques : Macbeth et Hamlet, toutes deux basées sur l’usurpation du pouvoir et sur la dualité inhérente à tout projet de trahison (le penseur y trouvera donc son compte).   Richard III aura plusieurs visage ; celui du scélérat qu’il offrira au lecteur et celui  de l’aimable frère/oncle/ami qu’il offrira aux autres personnages, le temps de mettre en place ces funestes projets. Mention spéciale pour les durs-à-cuire qui veulent des assassinats, du sang et des guerres de pouvoir (on aura quand même des gens poignardés, des noyés, des fantômes...!).
Enfin, la dernière raison qui vous donnera envie de lire Richard III, c’est de savoir qu’il s’agit de la pièce de Shakespeare qui a été la plus jouée au théâtre. Shakespeare offre une pièce qui fait partie de l’imaginaire collectif ("Un cheval, mon royaume pour un cheval!"), et qui fait figure de référence en matière de drame historique. Le tout porté par une écriture (et un traducteur, François-Victor Hugo, le fils de notre V. Hugo national) incroyable :
« Mais moi qui ne suis pas formé pour ces jeux folâtres, — ni pour faire les yeux doux à un miroir amoureux, — moi qui suis rudement taillé et qui n’ai pas la majesté de l’amour — pour me pavaner devant une nymphe aux coquettes allures, — moi en qui est tronquée toute noble proportion, — moi que la nature décevante a frustré de ses attraits, — moi qu’elle a envoyé avant le temps — dans le monde des vivants, difforme, inachevé, — tout au plus à moitié fini, — tellement estropié et contrefait — que les chiens aboient quand je m’arrête près d’eux ! — eh bien, moi, dans cette molle et languissante époque de paix, — je n’ai d’autre plaisir pour passer les heures — que d’épier mon ombre au soleil — et de décrire ma propre difformité. — Aussi, puisque je ne puis être l’amant — qui charmera ces temps beaux par leurs, — je suis déterminé à être un scélérat »

Dawn Rochelle Tucker et Bo Foxworth dans Richard III

vendredi 20 mars 2015

Chien du Heaume, de Justine Niogret

De quoi ça parle ?  

« On l'appelle Chien du Heaume parce qu'à chaque bataille, c'est elle qu'on siffle. Dans l'univers âpre et sans merci du haut Moyen Age, loin de l'image idéalisée que l'on se fait de ces temps cruels, une femme se bat pour retrouver ce qu'elle a de plus cher, son passé et son identité... »

Pour quel lecteur ?

 Chien du Heaume fait partie de ces romans qui ont du caractère. Partant de là, il est évident qu’il ne peut pas plaire à tous les lecteurs : seuls quelques rares élus pourront capter la beauté et le lyrisme qui se cache dans les pages de ce roman âpre et violent. Cependant, je peux garantir que ceux-là ne seront pas déçus !

Il faudra avoir le cœur accroché, car Justine Niogret n’épargne personne, pas même son personnage principal, une héroïne bien loin des stéréotypes du genre. En conséquence, ce livre plaira au durs-à-cuire qui ne craignent pas la vue du sang et qui n’ont pas peur d’aller errer dans les plus tristes hameaux du moyen-âge, au milieu d’un brouillard à couper au couteau. Il pourra également capter l’attention des historiens, à condition d’avoir un peud’imagination. Les penseurs pourront y trouver leur compte également, car l'auteur sème quelques beaux passages et livres quelques réflexions sur des thèmes tels que la religion, l'amour ou encore la quête d'identité.

Chien du Heaume, qui, pour information, a raflé le Grand Prix de l’Imaginaire et le PrixImaginales en 2010, est très difficile à décrire, en partie parce qu’il s’agit plus d’un roman d’ambiance que d’un roman d’action. La véritable richesse de ce livre réside dans le jeu de contrastes et de clair-obscur qui caractérise le style (incroyablement mature et envoutant) de Justine Niogret. L’onirisme et la poésie des chansons de geste côtoient toute la cruauté et le machisme d’une époque oubliée.

Le lecteur parfait sera donc un historien imaginatif et dur-à-cuire.


Un roman qui pourrait plaire à G.R.R. Martin ou aux rois maudits.


Pour connaitre ma critique (//mon éloge) personnelle, cliquez donc ici !