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dimanche 27 décembre 2015

Nord et Sud d'Elizabeth Gaskell


De quoi ça parle ?

L’héroïne est Margaret Hale, fille d’un pasteur du Sud rural qui quitte l’Église d’Angleterre pour des raisons de conscience et emmène sa femme et sa fille dans la ville industrielle de Milton dans le Darkshire (le Pays noir), où on lui propose un travail de professeur privé. Belle, intelligente et cultivée, mais aussi fière et réservée, Margaret découvre avec horreur l'univers âpre et brutal de la révolution industrielle où patrons et ouvriers s'affrontent dans les premières grèves organisées. Prenant le parti des pauvres dont elle admire le courage et la ténacité, et parmi lesquels elle se fait des amis, elle méprise profondément cette classe de nouveaux riches sans éducation que sont les manufacturiers, dont l'un, John Thornton, grand patron de filatures locales, devient l'élève favori et l'ami de son père. Mais, à travers épreuves et deuils, elle apprend à aimer cette ville et même John Thornton, dont elle découvre la grandeur d'âme et la générosité.

Pour quel lecteur ?

Nord et Sud est l’histoire d’un choc culturel, d’une rencontre entre deux individus tellement entiers, tellement forts qu’il est impossible qu’en se heurtant ils ne vous envoient pas des étincelles au visage. Margaret Hale et John Thornton batailleront dur. Ils s’affronteront, se vexeront, se blesseront soit par maladresse soit par instinct de protection. Ce roman rappelle beaucoup Orgueilet Préjugés de Jane Austen, et il est vrai qu’il existe un petit lien entre ces deux romans, de par la manière dont les deux personnages principaux s’attirent et se repoussent à la fois, créant ainsi une relation magnétique. Chaque scène où Margaret et John se retrouvent dans la même pièce apporte son lot d’incompréhensions, de frictions, de non-dits. Je ne suis pas du genre à minauder mais j’avoue que j’en ai eu des papillons dans le ventre du début à la fin ! Les romantiques vont donc tomber à la renverse ! En effet, je déteste les relations « faciles ». C’est-à-dire la relation où les personnages tombent follement amoureux dès le premier regard, sans se connaitre, sans s’être jaugés. Ici il s’agit d’un amour qui met plusieurs centaines de pages à naitre. Un amour qui nait de l’estime que l’on attache à son adversaire, et qui s’épanouit malgré les malentendus, malgré les différences sociales, culturelles et idéologiques. Et puis... les filles sans rire si je devais choisir un personnage de fiction pour en faire mon fiancé, ce serait sans aucune hésitation John Thornton!

Mais là où, à mon sens, Nord et Sud dépasse Orgueil et Préjugés (et je sais que je vais énerver une flopée de fanatiques de Jane Austen, voyez donc que je prends de sacrés risque !) c’est qu’il y a une dimension sociale et culturelle qui donne une profondeur incroyable à cette œuvre. Margaret ne se contente pas d’aller boire le thé ou de jouer au bridge pendant que ses cousines cherchent « un bon parti ». Non, ici c’est la plongée dans le monde industriel, dans la lutte ouvrière, parfois extrêmement violente. Mais Elizabeth Gaskell ne tombe jamais dans la facilité ni dans le cliché. Il n’y a ni mauvais patron ni mauvais ouvrier. Juste des personnes poussées par la nécessité du moment. Et ce roman est d’une modernité impressionnante sur ce point. En lisant certain passage, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’affaire Air France, aux taxis Uber et autres points d’actualité. Il est très impressionnant de penser qu’en 1854 l’auteur avait déjà une telle hauteur de vue, et une telle finesse d’analyse. Chapeau bas ! Le Penseur y trouvera un sujet de réflexion très intéressant. Il en est de même pour les sujets liés à la religion, qui prend une place plus marginale mais bien réelle dans ce roman.

L’historien appréciera également de se plonger dans l’Angleterre victorienne, en pleine révolution industrielle. Une période de changement, où les richesses se font et se défont et où le statut social s’acquiert par la naissance mais également par le travail.

J’ai été éblouie, électrisée, fascinée par ce magnifique roman !
Un peu de Charlotte Brontë et un peu de Zola : sacrée recette pour un classique très anglais !

vendredi 20 novembre 2015

Des Clairons dans l'Après-midi, d'Ernest Haycox

De quoi ça parle ? 

« Dans un coin perdu du Dakota, la jeune Josephine Russel fait la connaissance de l'énigmatique Kern Shafter, aux allures de gentleman, que ronge un lourd secret et un désir de vengeance. Shafter rejoint comme simple soldat le Septième de cavalerie que commande le général Custer. Histoire d'amour et de vengeance sur fond de la plus célèbre bataille des guerres Indiennes, Little Big Horn, que Haycox retrace avec une extraordinaire lucidité. Un magnifique roman épique et intime, lyrique et précis.»

Pour quel lecteur ? 

Avec un titre pareil, et à la lecture de noms tels que Custer, Little Big Horn, la Septième de cavalerie, le Cow-boy a déjà du relevé la tête, interpelé. Je ne peux que l’inviter à se plonger dans Des Clairons dans l’Après-midi. C’est un livre que j’ai dévoré en quelques jours, après l’avoir reçu en cadeau à Noël en 2013 ! Ca date et pourtant je l’ai toujours en mémoire, et j’avoue que je le relirais bien cette année, entre Noël et Nouvel an, au chaud à la maison ! 


Ce que j’aime particulièrement dans ce livre, et qui interpellera sûrement les Historiens, c’est que les petites histoires individuelles (histoires d’amour, de vengeance et de fraternité) rencontrent la grande Histoire (ici la sanglante bataille de Little Big Horn au cours de laquelle les chefs indiens, menés par Crazy Horse, ont écrasé les troupes américaines menées par Custer). 

Le Cow-boy aimera retrouver les ingrédients classiques du genre (les soldats, les bagarres de saloon, les bals, les chevauchées dans l’ouest…), qui n’en font pas pour autant une caricature : la femme y trouve une place assez intéressante, et le méchant indien tout comme l’homme tout puissant, n’y existent pas. Bien au contraire, l’homme est ici placé au milieu d’une guerre particulièrement violente et qui a marqué l’histoire américaine. La scène finale du livre retrace les derniers moments de la bataille, et j’avoue l’avoir trouvé particulièrement intense.

Enfin, ce livre attirera peut-être un ou deux sentimentaux, à condition qu’ils acceptent que la romance occupe une place seulement secondaire. Bien que racontée avec une certaine pudeur et une certaine distance, j’ai trouvé que les relations entre Kern et Josephine étaient très touchantes, et basées sur une relation d’égal à égal (et donc, pour moi, crédible).

J’aime beaucoup cette série de livres Western édités par Acte sud, même si j’aimerais les trouver en format poche (mais il me semble avoir vu Terreur Apache, un autre livre de cette série, édité en poche, donc à voir). 

Pour ceux qui ont aimé Danse avec les loups ou encore L’homme des vallées perdues.

Belle idée de cadeau pour ceux qui aiment l’histoire et l’ouest américain

samedi 17 octobre 2015

Dissolution, de C.J. Sansom


De quoi ça parle ?

« En 1537, l'Angleterre est déchirée par une violente période de transition religieuse : les réformistes s'apprêtent à dissoudre tous les anciens monastères catholiques, coupables, selon eux, d'idolâtrie obscurantiste.
C'est dans cette atmosphère chaotique qu'un matin, à Londres, Matthew Shardlake, brillant avocat disciple d'Erasme, est reçu au cabinet de l'autoritaire Lord Cromwell, chef des réformistes. Ce dernier le somme de se rendre au monastère de Scarnsea, théâtre de rumeurs sordides, dans lequel Shardlake va découvrir le cadavre décapité de son confrère, Robin Singleton. Un assassinat inexplicable, des traces de rituel païen, une congrégation frappée de mutisme : l'avocat devra résoudre, une à une, toutes les facettes de cette profonde et macabre énigme. »

Pour quel lecteur ?

Pour tous ceux qui ont aimé Le nom de la Rose ! Difficile de ne pas rapprocher ce roman de l’œuvre d’Umberto Eco et du film du même nom. La même ambiance lourde, le même silence, le même mélange entre religion, sorcellerie, politique et paganisme. Un mélange à savourer durant la saison automnale, lorsqu’il y a une légère bruine dehors. Notre enquêteur n’est autre qu’un avocat bossu, envoyé par Lord Cromwell, dans le but de dissoudre un monastère catholique. Ce n’est pas un hasard si ce livre a remporté le prix Ellis Peters décerné par le Crime Writers’ Association, car le mutisme des moines, les tensions politiques, les intérêts personnels et la sorcellerie se mélangent et brouillent sans cesse les cartes, maintenant le secret autour de l’identité du tueur et de ses motivations.
L’Historien sera également très intéressé par ce roman très documenté et qui aide à décrypter une époque que nous autre français connaissons mal : celui de la réforme protestante en Angleterre, incarné ici par Lord Cromwell.

Si vous aimez ce premier tome, vous pourrez tenter de lire Les larmes du Diable, qui est la suite directe des enquêtes de Shardlake. Je ne peux pas (encore) attester de la qualité du reste de la série (qui compte en tout 6 tomes pour le moment), que j’espère lire bientôt.

dimanche 11 octobre 2015

Le Chardon et le Tartan, T1, La Porte de Pierre de Diana Gabaldon

De quoi ça parle ?

« 1945. Claire Randall, jeune infirmière, retrouve son mari Frank dans un village écossais pour leur lune de miel. Alors qu'elle se promène dans la lande, elle découvre un site mégalithique où les villageoises se réunissent en secret pour célébrer d'étranges rites. Fascinée, elle s'approche d'un grand menhir fendu... et se volatilise ! Quand elle reprend conscience, elle est entourée de combattants en pleine action. Et, curieusement, l'un d'entre eux est le sosie de son époux. À sa grande stupeur, elle comprend aussitôt qu'elle a été propulsée... en l'an de grâce 1743 ! Période troublée s'il en fut : l'Écosse, occupée par les félons anglais, est à feu et à sang... Ainsi commence une épopée sauvage et baroque où se mêlent fantastique et histoire, action, amour et humour. »


Pour quel lecteur

Je vais surement recevoir une volée de bois vert après avoir écrit ma chronique, mais tant pis ! J’essaie toujours d’être respectueuse envers celles et ceux qui aiment un livre que je n’ai pas aimé, et inversement, mais j’avoue que je suis toujours aussi surprise quand je lis des chroniques élogieuses sur ce livre, qui me semble être d’une médiocrité sans fond. On me l’avait vendu comme étant une magnifique histoire d’amour, une fresque historique d’une grande qualité et je me suis retrouvée aux côtés d’une héroïne quasi-hystérique, au milieu d’une bande d’obsédés sexuels tendance sado-maso. Au secours… 

Tout d’abord : le roman historique. Diana Gabaldon nous transporte en 1743, en Ecosse. Je me souvenais déjà de Braveheart, je revoyais les images du film et j’étais gonflée à bloc. Je suis peut-être un peu stupide et naïve, mais un roman historique, ça ne sert pas à apprendre des choses sur l’histoire, par hasard ? Ici, on est proche du néant. Soit l’auteur manque cruellement de documentation, soit elle n’a pas voulu instruire son lecteur. Il y a très peu d’informations sur les modes de vie et la situation politique de l’Ecosse à cette époque, ce qui est très décevant, à mon sens. Qu’à cela ne tienne, il nous reste le roman d’amour !


Le roman d’amour, donc. Je crois que ce livre fait partie de la longue liste de livres qui font le buzz auprès de ces dames, qui confondent amour et sexualité. Car il n’est guère question de sentiments. Claire est un personnage exaspérant et à moitié folle qui passe son temps : 1) à pleurnicher (ça, c’est compréhensible, la pauvre cocotte a vécu un voyage temporel un peu déstabilisant, donc ok) 2) à avoir des fous-rires nerveux. Tout. Le. Temps. De quoi me donner envie de lui arracher la tête… Bref, donc cette jeune personne tout à fait insupportable se fait courir après par deux types de mecs : 1) les tarés qui veulent la violer (oui, niveau psychologique les méchants sont aussi faciles à cerner que Gaston dans la Belle et la Bête… Niveau construction des personnages on peut aller se gratter…) 2) un beau-gosse tout aussi taré que les autres (mais qui le cache mieux) et qui pense que le lectorat féminin va apprécier le voir frapper l’héroïne à coup de ceinturon (véridique.). Vous pouvez partir de l’idée qu’il s’agit d’un ancêtre du mec de Fifty Shades. Le summum de cette histoire d’amour qu’on nous présente comme étant d’une rare beauté etc etc est atteint avec la phrase suivante (je n’invente pas, je cite hein) : « oui vas-y, chevauche-moi ». Hum hum… Je crois que je vais finir sur ces bonnes paroles.

Nous n’avons pas à faire à un roman d’amour sur fond de fresque historique, nous avons à faire à un énième roman de sexe, avec des personnes inintéressant, une histoire inintéressante et par-dessus le marché, un auteur qui essaye de nous faire croire que le plus grand fantasme d’une femme c’est de se faire refaire le portrait par un Highlander psychopathe. Cher lecteur, je t’en supplie, ne lit pas ce torchon… !

jeudi 1 octobre 2015

Les ombres de Wielstadt de Pierre Pevel

 De quoi ça parle ?

« Hiver 1620.Les premiers feux de la guerre de Trente Ans dévorent le Saint empire romain germanique mais épargnent Wielstadt. Protégée depuis toujours par un dragon, cette ville allemande est le théâtre d'une autre bataille qu'un exorciste en armes, le chevalier Kantz, mène seul contre le Mal. »

Pour quel lecteur ?

Ayant remporté un grand succès avec Les lames du cardinal (personnellement je ne l’ai pas –encore- lu), Pierre Pevel signe une seconde trilogie basée sur un savant mélange entre roman de cape et d’épée, roman historique et roman fantasy. Ce mélange des genres pourrait refroidir certains lecteurs, mais pour ma part je trouve qu’il s’agit d’une prise de risque et d’une originalité que j’aimerais voir plus souvent, surtout si c’est aussi bien maitrisé.

L’Historien aimera découvrir une ville fictive, Wielstadt, située dans le Saint empire romano-germanique durant les guerres de religion. Pevel dissémine de nombreuses informations qui permettent aux novices d’avoir quelques repères et de ne pas se sentir perdus. 

Cependant, Wielstadt n’est pas n’importe quelle ville : elle est protégée par un dragon, qui veille jalousement sur ce territoire. Les habitants ? Des faunes, des fées, et surtout un chevalier mystérieux qui doit mener une enquête. L’imaginatif se délectera de se mélange très subtil entre fantasy et histoire. Ici, il s’agira d’une fantasy très sombre, avec de multiples meurtres. Personnellement, j’ai parfois eu un peu froid dans le dos !

Enfin, le Détective aimera peut-être suivre cette enquête inhabituelle, où la magie est à la fois une arme et un mobile ! Je recommande donc ce livre aux personnes curieuses qui aiment le mélange des genres. Petite mention pour les gens un brin aventurier : ce roman de cape et d’épées met en scène de nombreux combats haletants, qui plaira aux aventuriers !

Pour les fans de fantasy historique, qui aiment Gemmell ou encore Guy Gavriel Kay

Vous voulez lire ma critique Babélio : cliquez ici !

mardi 18 août 2015

Salammbô de Gustave Flaubert

Salammbô par Gaston Bussiere
  
De quoi ça parle ? 

Ruinée par la guerre contre Rome, son éternelle rivale, Carthage tarde à payer la solde des bandes de barbares et de mercenaires qu’elle a enrôlé durant la guerre. Il n’en faut pas plus pour que la révolte se transforme en guerre ouverte. Mathô prend la tête de cette rébellion qui l’oppose à Hamilcar, le chef de guerre de Carthage. Mathô s’éprend de Salammbô, la fille d’Hamilcar, jeune femme élevée à l’écart du monde réel, et qui mène une vie rythmée par les rites religieux. Salammbô est le récit de ces années de guerre et de malheur.
 

Pour quel lecteur ?

Lire Salammbô, c’est être un papillon qui tourne autour d’une flamme. Dans ce roman, Flaubert captive son lecteur. Il l’emmène dans un orient rêvé, fantasmé, irréel et flamboyant  et il lui présente des personnages durs et mystérieux : Mathô le jeune guerrier obsédé par la beauté d’une femme qu’il ne connait pas, Hannon le général cruel et difforme, Hamilcar le grand stratège et bien entendu Salammbô la jeune femme dont la vie est consacrée aux Dieux et à sa patrie.
Rose Caron dans le rôle de Salammbô,
Léon Bonnat
Tout d’abord, le lecteur s’approche de cette flamme : il est attiré par ces descriptions d’une incroyable beauté. Il cherche à en savoir plus sur cette ville mythique. Son coté historien est titillé : il veut en savoir plus sur les guerres puniques, sur la vie à Carthage… Subjugué par la beauté et la puissance qui se dégage déjà de ce roman, le lecteur sent sa fibre romantique vibrer ; il est déjà sous le charme de Salammbô. Il aime sa complexité, son mystère, son aura.

 
Et puis le lecteur commence enfin à sentir la morsure de la flamme. Seuls les durs-à-cuire pourront continuer à virevolter autour de ce livre sans s’y brûler. Car Flaubert a écrit un roman violent, où rien ne sera épargné aux belligérants qu’il met en scène : crucifixions, décapitations ou cannibalisme, le lecteur sera plongé au beau milieu de batailles incroyablement épiques. Bouillonnant, ce roman nous emporte dans un tourbillon de haines, de batailles, d’amours, d’obsessions, d’ambitions politiques et de religion. 

Si vous n’avez pas peur de vous brûler, tentez l’aventure, et lisez Salammbô.

Pour lire ma critique (élogieuse) de Salammbô, c’est ici !
 
Gravure représentant Salammbô, Gabriel Ferrier (1889)

mardi 21 juillet 2015

Sarinagara de Philippe Forest


De quoi ça parle ? 

« Sarinagara signifie cependant. Ce mot est le dernier d'un des plus célèbres poèmes de la littérature japonaise. Lorsqu'il l'écrit, Kobayashi Issa vient de perdre son unique enfant : oui, tout est néant, dit-il. Mais mystérieusement, Issa ajoute à son poème ce dernier mot dont il laisse la signification suspendue dans le vide. L'énigme du mot sarinagara est l'objet du roman qui unit trois histoires : celles de Kobayashi Issa (1763-1827), le dernier des grands maîtres dans l'art du haïku, de Natsume Sôseki (1867-1916), l'inventeur du roman japonais moderne, et de Yamahata Yosuke (1917-1966), qui fut le premier à photographier les victimes et les ruines de Nagasaki. Ces trois vies rêvées forment la matière dont un individu peut parfois espérer survivre à l'épreuve de la vérité la plus déchirante. »

 Pour quel lecteur ?

Il y a des livres qui vous arrivent un peu par hasard dans les mains, et rétrospectivement on se demande qu’est-ce qui a bien pu nous le faire acheter, tant il est loin de nos lectures habituelles. C’est le cas de Sarinagara : je ne connais presque rien de l’histoire du Japon, et j’ai assez peu d’appétence pour les romans philosophiques, essais… En général tout ce qui n’est pas de la fiction. Et pourtant, c’est un livre que j’ai plusieurs fois conseillé

Sarinagara nous plonge dans le destin de ces trois personnages (deux écrivains et un photographe) qui ont fait l’expérience de la douleur absolue (la perte d’un enfant, la vision des ruines de Nagasaki). Ces drames individuels et collectifs font écho à la douleur de Philippe Forest, qui a lui-même perdu son enfant, et qui a dû apprendre à gérer cette infinie souffrance. Si ce livre s’est construit sur un lit de douleurs, je peux cependant vous affirmer qu’il est rayonnant d’espoir et de simplicité.

Ce livre comblera ceux qui s’intéressent à la culture japonaise et aux Historiens. Il attirera aussi l’attention des Penseurs, qui y trouveront matière à réflexion : sur l’oubli, la nature humaine, la capacité à faire face...

Je le conseille donc à toutes les personnes qui traversent des heures difficiles, et qui pensent qu’il n’y a pas d’issue possible. Et qui ont juste besoin que Philippe Forest leur dise que malgré le désespoir, il existe un « cependant ».
Un Bijou.
 
Pour lire ma critique personnelle sur Babélio, cliquez là!

mercredi 15 juillet 2015

Le Moine de Matthew G. Lewis

De quoi ça parle ?

« Chef-d'oeuvre du roman gothique anglais, Le Moine (1796) met en scène la déchéance d'un capucin suprêmement vertueux, pris dans les rets d'une tentatrice diabolique. Péchés de la chair, magie noire, visions infernales, transgression, damnation : rédigé par un jeune homme de vingt ans à peine, ce récit sulfureux, où le fantastique se mêle à l'horreur et où le désir règne en maître, créa le scandale avant d'être érigé en objet de culte par des générations d'écrivains. On ne compte plus les romantiques qui, comme Hoffmann, Coleridge et Victor Hugo, s'en inspirèrent ; Charles Dickens alla jusqu'à acheter le manuscrit aux enchères ; André Breton en fit un modèle pour le surréalisme. »

Pour quel lecteur ? 

Le Moine fait partie de ces livres qui ont fortement marqué mon imaginaire de lectrice. S’il ne fallait lire qu’un seul roman gothique, c’est celui-ci que je conseillerais, sans aucune hésitation. On y retrouve tout ce qui fait le charme de ce genre de littérature : le rapport à la religion, les monastères, la magie noire, le désir, la tentation, les dissimulations, les pactes diaboliques, la pureté, la dualité sexuelle… ! Quand la plupart des romans gothiques n’abordent qu’un seul de ces sujets ; Matthew Lewis se paie les luxe de les aborder tous à la fois. 

Avec de multiples intrigues et de récits imbriqués, Le moine ne se concentre pas seulement sur le sort du personnage central ; bien au contraire il offre une large place aux personnages secondaires. Tous ces destins s’entremêlent et s’influencent pour finalement converger vers l’issue fatale : le viol d’une innocente et la damnation éternelle du moine. Enfin, il faut souligner l’existence de multiples « twist » et rebondissements qui permettent de tenir le lecteur en haleine. 
Chers historiens ; vous aimerez visiter les monastères, côtoyer des mères supérieures froides comme des pierres et je peux même vous dire que vous apprécierez d’être séquestrés dans des catacombes.

Les Durs-à-cuire suivront avec intérêts des mésaventures des personnages, et se délecteront des petits récits d’horreur qui émaillent ce roman. 

Je peux vous dire que je me suis surprise à frissonner et je suis restée bouche bée devant le machiavélisme des personnages ! 
 
En conclusion j'ajouterais qu'il ne faut pas se fier au film (avec Vincent Cassel dans le rôle titre), qui n'a rien à voir avec le livre, qui est infiniment plus riche et plus rythmé!
 
Un roman à ranger entre Frankenstein et Faust !
 
Pour découvrir la liste que j'ai crée sur Babélio concernant les pactes avec le diable: cliquez là !

samedi 11 juillet 2015

Vous voulez savoir quel type de lecteur vous-êtes ?

Rendez vous dans les Bonus : et dites nous quel lecteur vous êtes.

Et n'hésitez pas à indiquer en commentaire quel livre, à votre sens, représente le mieux tel ou tel type de lecteur. Après, nous pourrons faire une grande liste des incontournables que chaque type de lecteur doit IMPERATIVEMENT posséder (oui, oui, c'est impératif!)
 

lundi 6 juillet 2015

La promesse de l'Ouest, de Robert Lautner


De quoi ça parle?

"Avril 1837. Le jeune Tom Walker quitte New York avec son père, commis voyageur. Tous deux se dirigent vers l'Ouest, au-delà des montagnes et des plaines arides, pour vendre, de petite ville en petite ville, le célèbre revolver Colt. La joie d'être sur la route, de partager un repas autour d'un feu et de dormir l'un près de l'autre, est cependant de courte durée. Tandis que la nature se fait de plus en plus sauvage, une rencontre dévastatrice laisse Tom seul et démuni. Déterminé à regagner l'Est et la civilisation, le jeune garçon place alors tous ses espoirs en Henry Stands, un cowboy taciturne croisé en chemin. Ensemble, cet étonnant duo se lance dans un périlleux périple..."

Pour quel lecteur?

Reçu dans le cadre d'une masse critique Babélio (j'avoue maintenant l'avoir sélectionné à cause de la couverture que je trouve suuuublime!), j'avais un léger a priori (sachant que j'ai été t'es déçue par mes dernières participation, et que je me sentais morveuse à force de mettre des critiques hyper méchantes sur des livres reçus gratuitement!) mais au final cette lecture ne me laisse que de bons souvenirs!

Les historiens vont beaucoup aimer, surtout s'ils aiment les armes à feu (domaine dans lequel mon inculture atteint des sommets), car on apprend beaucoup sur la naissance de fusils et de revolver dont les noms sont aujourd'hui des légendes (le colt frontier!)! Le livre sème des infos sympathiques, mais sans avoir l'air de donner des leçons au lecteur.

Les cow-boys et les aventuriers seront bien entendu sous le charme, surtout après avoir fait la connaissance d'Henry Stands, le genre de type qui entre dans un bar, tire sur tout ce qui bouge et s'explique après. Bref un dur de dur. Mais ne vous y trompez pas, derrière cette dureté et au delà des apparences, le livre vous invitera à plonger dans l'intimité de ce duo improbable: le garçon qui rêve juste de rentrer chez lui, et le chasseur de prime qui n'a jamais eu de chez lui.

Le passage à l'âge adulte, la culpabilité, l'entraide, la survie sont autant de thèmes abordés avec simplicité dans ce roman. Même si, à mon sens, il aurait mérité une petite centaine de pages en plus (en bonne dévoreuse que je suis!), c'est une lecture que je conseille.

Pour ceux qui ont aimé True Grit ou encore Impitoyable.


Pour lire ma critique sur Babélio, cliquez là!

P.S: merci aux éditions Presse de la cité pour l'envoi de ce livre

samedi 2 mai 2015

L'équilibre du monde de Rohinton Mistry


De quoi ça parle ?

"Voici le grand roman de l'Inde contemporaine, réaliste, foisonnant, inspiré traversé par le souffle d'un Hugo ou d'un Dickens. L'histoire se déroule au cours des années 1970 et 1980.Dans le même quartier vivent des personnages venus d'horizons très divers : Ishvar et Omprakash, les deux tailleurs des «intouchables» ; Dina, la jeune veuve, qui, pour survivre, se lance dans la confection à domicile ; Maneck, descendu de ses lointaines montagnes pour poursuivre ses études ; Shankar, le cul-de-jatte, exploité par le maître des mendiants et bien d’autres encore. À travers les heurs et malheurs de leurs existences, Rohinton Mistry, romancier anglophone né à Bombay, brosse une fresque qui est à la fois l'odyssée d'une nation et une parabole de la condition humaine. Un roman-fleuve qui nous emporte irrésistiblement."

Pour quel lecteur ?

Portée par le succès de plusieurs auteurs (VikramSeth, Tarun Teijpal ou encore Amitav Gosh pour ne citer qu’eux), la littérature indienne a réussi à attirer l’attention d’un bon nombre de lecteurs français. Pour ma part, je porte un intérêt tout particulier à ces auteurs qui, je pense, ont vraiment quelque chose à apporter au paysage littéraire. Et pour illustrer mon propos, j’ai choisi de vous parler de L’équilibre du monde du RohintonMistry, un roman d’une grande richesse et qui réunit de nombreuses qualités caractéristiques de la littérature indienne.

Il s’agit d’un roman choral où le lecteur suivra, parfois sur plusieurs génération, la vie d’un groupe de personnages tous très attachants. Le roman plaira aux penseurs et à ceux qui aiment les romans sociaux : on y parle des conditions de vie des castes inférieures, de la position de la femme, du droit de vote ou encore de la mendicité et du travail clandestin. Autant de sujets douloureux qui font partie de l’histoire de l’Inde d’aujourd’hui.  Les Penseurs apprécieront certainement la philosophie qui sous-tend ce roman, à savoir qu’il existe un équilibre dans le monde, basé sur un double mouvement: celui de ceux qui veulent s'extirper de leur condition et sur celui de la cruauté et de l'indifférence du monde, qui les y maintien. L’auteur expose sa vision (finalement assez pessimiste) de la condition humaine, et invite le lecteur à s’interroger sur la place de l’individu dans la société.
L’Historien apprendra beaucoup de choses sur l’Inde dans les années 70, et sur les politiques menées par Indira Gandhi et son fils.

Au-delà de tout ceci, il s’agit d’une aventure humaine incroyable, touchante par la justesse du ton employé et par l’absence de voyeurisme et de misérabilisme gratuit. Rohinton Mistry offre un roman riche, complexe et émouvant. Si vous ne deviez lire qu'un seul roman indien: lisez celui-ci!
A tous ceux qui aiment Vikas Swarup (SlumdogMillionnaire pour les cinéphiles) et Charles Dickens (pour la description de la misère des grandes villes, pour son engagement).

Pour lire ma critique personnelle : cliquez ici ! avec une mention spéciale pour le passage du livre sur le droit de vote, que chaque citoyen devrait lire pour prendre conscience du privilège qui lui est offert...

mardi 21 avril 2015

Un intérêt particulier pour les morts, d'Ann Granger

De quoi ça parle ?
 
« Nous sommes en 1864 et Lizzie Martin accepte un poste de dame de compagnie à Londres auprès d'une riche veuve qui est aussi une propriétaire de taudis. Lizzie est intriguée d'apprendre que la précédente dame de compagnie a disparu, apparemment après s'être enfuie avec un inconnu. Mais quand le corps de la jeune fille est retrouvée dans les décombres de l'un des bidonvilles démolis récemment autour de la nouvelle gare de St Pancras, Lizzie commence à se demander ce qui s'est passé… »
 
Pour quel lecteur ?
Etant un brin mauvaise langue, j’aurais tendance à dire « à personne »… Malgré mon énervement (pas très bien dissimulé, vous l’aurez compris), je vais essayer d’étoffer mon propos. Le livre s’adresse aux détectives et aux historiens, mais sincèrement je pense que ni l’un ni l’autre n'y trouvera son compte.
Tout d’abord le détective : au début, la sauce semble plutôt bien prendre. Nous faisons la connaissance d’une jeune femme qui enquête sur la disparition de la dame de compagnie qui l’a précédé auprès de sa tante. Nous avons des personnages sympathiques, qui rappellent le CLUEDO : la vieille femme de chambre, le révérend, le jeune dandy, la riche tante… Cependant, force est de constater l’absence totale d’intelligence dans l’enquête, un suspens proche du néant, et une « clé d’énigme » que je qualifierais de FACILE, facile et facile. Pour ne pas gâcher la « surprise » à ceux qui le liront, je vais me taire. Mais c’est ridicule. Ca ne s’appelle pas une enquête, tout simplement.
Et pour les historiens ? Malgré un cadre historique sympathique, à savoir l’époque victorienne, je pense qu’on n’apprend pas grand-chose au final. L’auteur a visiblement recherché quelques informations qu’elle mâche et recrache toutes les minutes jusqu’à que le lecteur ait envie de pleurer.
A la rigueur, seul le sentimental, dans sa dimension la plus niaise, pourra à la rigueur récupérer les miettes… Car bien entendu « la fille pas si jolie que ça et qui est trop franche et trop avant-gardiste pour son époque » fait tomber tous les garçons ! A l’image de la crédibilité globale du livre : néant total.
Vous voulez un petit secret ? C’est une mauvaise contrefaçon d’Anne Perry (lisez ma chronique), qui reste la reine du polars victoriens. Et qui fait deux fois mieux, aussi bien en matière de roman policier que de roman historique. Economisez vos sous, achetez directement Anne Perry, par pitié...
Pour lire mon déchainement de colère (ou plutôt ma critique…) cliquez LA !

samedi 4 avril 2015

Warlock d'Oakley Hall

De quoi ça parle ?
 « Laville de Tombstone en Arizona, pendant les années 1880, est notre Camelot national. Une terre fabuleuse où les vertus de l'Amérique s'incarnent chez les frères Earp et ses maux dans la bande des Clanton ; une terre imaginaire aussi, où l'affrontement d'OK Corral se revêt de la pureté dépouillée des joutes arthuriennes. Dans son magistral roman Warlock, Oakley Hall rend son humanité véritable, sanglante et mortelle au mythe de Tombstone. Wyatt Earp s'y métamorphose en un tireur d'élite nommé Blaisedell qui, à cause de l'image donnée de lui dans les magazines spécialisés sur le Far West, pense qu'il est un héros. Et c'est parce qu'ils croient en ce héros que les citoyens exaspérés de Warlock font appel à lui. Mais lorsque Blaisedell découvre qu'il ne peut répondre à leurs attentes, il est obligé de reconnaître ses failles, son abîme intime n'étant pas si éloigné de celui qui règne en ville. Avant même que s'achève l'angoissante épopée du livre [...], Warlock doit admettre que ce que l'on nomme la société et l'état de droit sont des concepts aussi fragiles et précaires que la chair, voués à retourner à la poussière des déserts aussi rapidement qu'un cadavre. C'est la sensibilité profonde de Warlock qui fait de cet ouvrage un grand roman américain » Thomas Pynchon

 Pour quel lecteur ?
Il s’agit d’un roman ayant de multiples facettes de de multiples niveaux de lecture. Il s’agit donc d’un livre exigeant qui ne pourra se satisfaire que d’un lecteur à son image : multiple, complexe, vigilant… Warlock a autant de lecteurs que de niveau de lecture. Certains y verront un western pur jus, qui réunit tous les codes du genre : des bandits, un shérif, des femmes fatales, des saloons et des duels en pleine rue. Le tout mené d’une main de maitre, avec un suspens qui ne retombe que dans les dernières pages. Le vrai Cow-boy ira volontiers faire un tour à Warlock, embryon de ville qui grandit péniblement à la frontière de la civilisation, brûlée par le soleil, nourrie directement au goulot d’une bouteille de whisky trafiquée.

Ensuite, une fois que le lecteur est entré en ville, il découvre un roman social. La création du chemin de fer, l’exploitation des mines, la naissance des grandes compagnies ferroviaires et minières qui reposent sur l’exploitation d’un groupe de travailleurs exposés à tous les risques, mourant prématurément, certain avant même d’avoir atteint l’âge adulte. L'Historien pourra donc y trouver son compte.
Enfin, tout en dessous, il y a la fable philosophique : qu’est-ce que l’Etat de droit ? Comment le construire, lorsqu’il ne repose sur aucune histoire commune, sur aucun fondement solide. Lorsqu’il doit gérer la violence et la brutalité de personnages pour lesquels seule une arme à feu peut assurer l’ordre. Le Penseur observera avec attention le lent processus d’établissement de l’ordre public.
Pourtant, l’épaisseur et la densité de ce livre me fait penser qu’il faut être un bon dévoreur pour en venir à bout sans difficulté.
Un roman qui plairait à Larry McMurtry ou à Cormac McCarthy !

  
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lundi 30 mars 2015

La Dame en Blanc de Wilkie Collins

De quoi ça parle ?
« Walter Hartright, un jeune professeur en art, vient en aide à une belle et mystérieuse femme toute de blanc vêtue. Il apprend peu après qu'il s'agit d'une folle échappée d'un asile. Le jour suivant, il se rend à Limmeridge House où il s'est vu offrir un emploi. Or, parmi ses nouveaux élèves, la jeune Laura Fairlie ressemble fort à la femme en blanc qu'il a déjà secourue...
Les Français avaient oublié ce roman, ancêtre de tous les thrillers, qui fascinait Borges et rendit jaloux Dickens. Il nous révèle une sorte de "Hitchcock de la littérature" : suspens, pièges diaboliquement retors, terreurs intimes, secrètes inconvenances - rien n'y manque. »
Pour quel lecteur ?
La Dame en Blanc fait partie de ces immenses classiques anglais du 19ème, et est souvent considéré comme un roman fondateur en matière d’intrigue policière et de thriller. Le raffinement de son écriture donne à cette œuvre le côté « so british » un peu désuet qu’on trouve chez une Jane Austen ou chez une Charlotte Brontë. Ce style, un peu plus travaillé que dans les autres œuvres de Wilkie Collins (est-ce parce que les autres œuvres que j’ai pu lire ont été écrites après ou au cours de ses périodes de grandes dépendances au laudanum ?) souligne à merveille l’aura qui se dégage de chaque ligne de ce roman mystérieux et un brin effrayant.
L’Historien pourra visiter les riches demeures aristocratiques de l’époque victorienne, et peaufiner son analyse des relations sociales et des codes de l’époque. La place donnée aux femmes  est assez intéressante quand on pense à l’époque à laquelle Wilkie Collins a écrit son livre : même si la plupart des femmes du livre sont envisagées comme de jeunes donzelles à la recherche d’un bon parti, et que les personnages masculins n’hésitent pas à les rappeler à l’ordre lorsqu’elles tentent de « sortir de leur rôle », le personnage principal est une femme au caractère bien trempé et qui fait preuve d’une bonne dose de courage…
Bien entendu, le Détective va adorer lire La Dame en Blanc : je n’ai pas compté le nombre de retournements de situation et de révélations qui émaillent le roman, mais croyez-moi, vous trouverez votre compte ! Wilkie Collins sait faire monter le suspens, et il sera difficile de reposer le roman avant de l’avoir terminé !
En résumé, pour les mordus des auteurs anglais et du 19ème siècle, il s'agira d'ajouter une œuvre incontournable à leur tableau de chasse, et pour les autres (les Détectives), il s'agira d'un véritable retour aux sources !
P.S: LeDévoreur ne sera pas le seul à venir à bout de ses quelques 500 pages. En plus d'être un des premiers romans policiers jamais écrit, il s'agit aussi d'un des premiers page-turners je crois  !


Un roman qui a rendu Charles Dickens jaloux !
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jeudi 26 mars 2015

Pourquoi devez-vous lire Richard III de Shakespeare

Tout d’abord, et c’est d’ailleurs le parfait prétexte pour vous en parler, parce qu’aujourd’hui, le 26 mars 2015, Richard III, dernier roi de la dynastie des Plantagenêt (c’est-à-dire d’une lignée ayant des origines françaises, hé oui!), a rejoint sa dernière demeure et a été inhumé à Leicester, pas moins de 530 ans après sa mort ! Pour ceux qui auraient besoin de se rafraîchir la mémoire, les ossements du roi ont été retrouvés en 2012 enterrés sous un parking.
La vie de Richard III soulève aujourd’hui encore pas mal de question, et beaucoup d’historiens tentent encore de démêler le vrai du faux, notamment en ce qui concerne les circonstances de son accession au pouvoir, et de l’assassinat présumé de plusieurs membres de la famille royale (notamment son frère George et ses neveux âgés de 10 et 12 ans…). Si la question fait toujours débat, tous s’accordent à dire que l’œuvre éponyme de Shakespeare a très largement contribué à entretenir cette image d’un usurpateur au caractère cruel et sanguinaire.
En lisant Richard III, vous satisferez donc la dévorante curiosité que vous inspire cette aura de mystère qui entoure son couronnement et plus largement ses deux années de règne. Comme vous êtes surement un petit historien en herbe, vous vous ferez un plaisir d’en savoir un peu plus sur la fin d’une dynastie !
Vous aurez aussi la chance de lire une œuvre de jeunesse de Shakespeare, où on sent clairement l’ébauche de deux autres pièces mythiques : Macbeth et Hamlet, toutes deux basées sur l’usurpation du pouvoir et sur la dualité inhérente à tout projet de trahison (le penseur y trouvera donc son compte).   Richard III aura plusieurs visage ; celui du scélérat qu’il offrira au lecteur et celui  de l’aimable frère/oncle/ami qu’il offrira aux autres personnages, le temps de mettre en place ces funestes projets. Mention spéciale pour les durs-à-cuire qui veulent des assassinats, du sang et des guerres de pouvoir (on aura quand même des gens poignardés, des noyés, des fantômes...!).
Enfin, la dernière raison qui vous donnera envie de lire Richard III, c’est de savoir qu’il s’agit de la pièce de Shakespeare qui a été la plus jouée au théâtre. Shakespeare offre une pièce qui fait partie de l’imaginaire collectif ("Un cheval, mon royaume pour un cheval!"), et qui fait figure de référence en matière de drame historique. Le tout porté par une écriture (et un traducteur, François-Victor Hugo, le fils de notre V. Hugo national) incroyable :
« Mais moi qui ne suis pas formé pour ces jeux folâtres, — ni pour faire les yeux doux à un miroir amoureux, — moi qui suis rudement taillé et qui n’ai pas la majesté de l’amour — pour me pavaner devant une nymphe aux coquettes allures, — moi en qui est tronquée toute noble proportion, — moi que la nature décevante a frustré de ses attraits, — moi qu’elle a envoyé avant le temps — dans le monde des vivants, difforme, inachevé, — tout au plus à moitié fini, — tellement estropié et contrefait — que les chiens aboient quand je m’arrête près d’eux ! — eh bien, moi, dans cette molle et languissante époque de paix, — je n’ai d’autre plaisir pour passer les heures — que d’épier mon ombre au soleil — et de décrire ma propre difformité. — Aussi, puisque je ne puis être l’amant — qui charmera ces temps beaux par leurs, — je suis déterminé à être un scélérat »

Dawn Rochelle Tucker et Bo Foxworth dans Richard III

vendredi 20 mars 2015

Chien du Heaume, de Justine Niogret

De quoi ça parle ?  

« On l'appelle Chien du Heaume parce qu'à chaque bataille, c'est elle qu'on siffle. Dans l'univers âpre et sans merci du haut Moyen Age, loin de l'image idéalisée que l'on se fait de ces temps cruels, une femme se bat pour retrouver ce qu'elle a de plus cher, son passé et son identité... »

Pour quel lecteur ?

 Chien du Heaume fait partie de ces romans qui ont du caractère. Partant de là, il est évident qu’il ne peut pas plaire à tous les lecteurs : seuls quelques rares élus pourront capter la beauté et le lyrisme qui se cache dans les pages de ce roman âpre et violent. Cependant, je peux garantir que ceux-là ne seront pas déçus !

Il faudra avoir le cœur accroché, car Justine Niogret n’épargne personne, pas même son personnage principal, une héroïne bien loin des stéréotypes du genre. En conséquence, ce livre plaira au durs-à-cuire qui ne craignent pas la vue du sang et qui n’ont pas peur d’aller errer dans les plus tristes hameaux du moyen-âge, au milieu d’un brouillard à couper au couteau. Il pourra également capter l’attention des historiens, à condition d’avoir un peud’imagination. Les penseurs pourront y trouver leur compte également, car l'auteur sème quelques beaux passages et livres quelques réflexions sur des thèmes tels que la religion, l'amour ou encore la quête d'identité.

Chien du Heaume, qui, pour information, a raflé le Grand Prix de l’Imaginaire et le PrixImaginales en 2010, est très difficile à décrire, en partie parce qu’il s’agit plus d’un roman d’ambiance que d’un roman d’action. La véritable richesse de ce livre réside dans le jeu de contrastes et de clair-obscur qui caractérise le style (incroyablement mature et envoutant) de Justine Niogret. L’onirisme et la poésie des chansons de geste côtoient toute la cruauté et le machisme d’une époque oubliée.

Le lecteur parfait sera donc un historien imaginatif et dur-à-cuire.


Un roman qui pourrait plaire à G.R.R. Martin ou aux rois maudits.


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